Direction la vieille ville. Cette ville, classée au patrimoine de l’UNESCO, fait des envieux. Elle est construite sur trois niveaux avec des souterrains et des « passage secret » dû aux différentes destructions reconstruction de la ville à toutes les époques de l’histoire. Tous ces dédales ont permis d’en faire une des plus grandes villes de la résistance palestinienne. Une ville permettant aux gens recherchés de se cacher et empêchant la progression des soldats sauf quand ils rentrent à coup de bulldozer.
D’ailleurs, en 2002, pendant la grosse opération Rempart, les israéliens cherchaient le meilleur moyen de rentrer dans la ville. Ils l’ont trouvé. Ils sont passés à travers une maison en abattant les murs à coup de bulldozer pour faire passer les tanks. Dans la maison détruite vivait une famille. Seuls ont survécu les grands parents. Les autres ont été enterrés vivants.
Cette ville vieille de plus de 6000 ans, où sont passés les Romains, les sumériens, les Turques et tous les autres, porte maintenant en son sein les stigmates de l’occupation et de la répression. Nous sommes là à marcher dans une ville où chaque pas en avant nous fait rencontrer de nouvelles histoires de lutte, de nouvelles histoires en luttes. Les murs sont tous, sans exceptions, criblés de balles, et nous mettent dans l’ambiance.
Il y a ces bains turcs, autrement appelé hammam, qui régulièrement se font saccager et démolir. Régulièrement, autant dire qu’ils en sont à leur vingtième reconstruction. C’est sûr, un hammam, c’est dangereux, ça attaque souvent les soldats.
Il y a ce plafond carbonisé. En ce lieu se réunissait le tribunal citoyen pendant la seconde Intifada. Les soldats l’encerclèrent un jour de séance et y lancèrent des grenades. Le tribunal a brûlé, laissant des traînées noires de suie sur les murs.
Il y a cette porte qui donne sur des gravas. Ici était installée une des usines de savons qui font la réputation de la ville. Elle fut démolie si souvent que le propriétaire a décidé d’arrêter de perdre son temps à la reconstruire après chaque nouvelle attaque. Il a décidé de déménager, espérant qu’ailleurs la fabrication de savons serait moins sujette à suspicion.
Il y a ces restes de métaux qui traînent au milieu d’une des rues donnant accès à la vieille ville. Il s’agit d’une ancienne barrière installée là par la résistance pour freiner la progression de soldats dans la ville et empêcher les jeeps de rentrer. Régulièrement l’armée la détruite et tout aussi régulièrement la résistance l’a remise.
Il y a cette autre usine de savons qui fut rasée intégralement en 2004. Sous le prétexte que cette usine serait un repaire de « terroristes », elle fut bombardée, qu’importe d’ailleurs que les bombardements touchent les habitations jouxtant l’usine, ce ne sont que des dommages collatéraux de plus. Une fois le bâtiment anéanti il ne reste plus qu’à compter les morts : 75 dont pas un seul n’était recherché. Et 2000 blessés.
Il y a cette maison qu’un de nos copains occupe avec sa femme et ses parents. Pendant toute une période, il suffisait qu’il se montre à sa fenêtre pour se faire tirer dessus. D’ailleurs de l’extérieur nous pouvons voir les impacts de balles qui entourent plus spécifiquement sa fenêtre. Il faut savoir que son salon aussi est criblé de balles. Et oui notre copain a le malheur d’être connu et d’habiter un point stratégique à l’entrée de la vieille ville. Alors souvent (environ un jour sur deux) les soldats rentrent chez lui. Ces nuits-là, toute la famille est enfermée dans la même pièce avec interdiction de parler, interdiction d’aller aux toilettes… Interdiction de vivre.
Voilà Naplouse, ville vivante par excellence.